Euro-Citoyen

La réaction de Roland Ries, maire social-démocrate de Strasbourg, à l’aube des résultats électoraux européens

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L’ambiance est morose dans l’espace consacré au Parti socialiste lors de la soirée électorale au Parlement européen. Il est 20 heures, les pronostics circulent déjà. On ne sait pas encore. On apprendra plus tard –mais on s’en doute : les socialistes se confrontent ce 25 mai 2014 au plus bas score européen depuis 20 ans. Une rumeur se précise et se confirme rapidement : Catherine Trautmann ne siégera pas à Strasbourg (certains affirment alors qu’elle est en lice pour le poste de commissaire européen). Edouard Martin, loin de faire l’unanimité dans le cercle des sympathisants, est donc le seul représentant du PS dans la circonscription Est.

Plus tard, dans la soirée, quand tous les talons ont quitté la moquette fleurie du bar de la presse –là où le cocktail pré-soirée avait lieu, alors que les résultats s’affinent sur des écrans entourant l’Hémicycle, Roland Ries, maire socialiste de Strasbourg, nous fait part de sa déception. Sont retranscrites intégralement ses paroles, ci-dessous, comme si vous y étiez. Il est 22 heures, les votants ont déjà décidé de leurs représentants. Et « cette fois, c’est [bien] différent ».

Estelle Delaine : Roland Ries, quelles sont vos réactions face aux estimations des résultats du FN, du PS, de l’UMP… ?

Roland Ries : Je suis évidemment consterné par ces résultats ! Non seulement à cause du faible score du Parti socialiste…

Estelle Delaine : … Vous ne vous y attendiez pas ?

Roland Ries : On s’y attendait un petit peu, à ça ! Mais ce qui est vraiment, je dirais : inattendu à ce point, à ce niveau-là, c’est le score du Front national. Et le Front national s’affirme clairement comme un parti anti-européen : contre Maastricht, contre l’euro, « il faut fermer les frontières », et caetera, et caetera, « préférence nationale ». Enfin, toutes choses qui sont aux antipodes des valeurs sur lesquelles l’Union s’était construite jusqu’à maintenant. Or, ce parti va être le premier parti français au Parlement européen, c’est la réalité ! Et comme par ailleurs en Europe, les eurosceptiques sont aussi de plus en plus nombreux, aujourd’hui je suis très inquiet par rapport à la construction européenne elle-même, celle qui a été entamée par Robert Schumann, Alcide de Gasperi, Winston Churchill au lendemain de la deuxième guerre mondiale ! C’était l’idée d’une Europe démocratique, une sphère de paix et de compréhension mutuelle entre les peuples : tout ça est en train de partir en eau de boudin, si je puis dire ! Il y a des ferments de divisions, de mise en accusation des Roumains, des Roms, des Polonais, et caetera ! On ne peut pas construire une Europe avec un minimum de bases politiques sur cette base-là. Et en fait, j’irais même un petit peu plus loin, je pense que l’erreur qui a été commise, elle est double : par le déficit démocratique –les citoyens européens ne sont pas associés à cette construction et la voient de loin-  et il y a d’autre part l’idée que l’Europe c’est d’abord une zone de libre-échange à l’Anglaise. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, c’était ça, il y avait deux Europes, il y avait l’ « Europe politique », qui était celle de Robert Schuman et des pères fondateurs de l’Europe, et puis il y a la zone de libre- échange économique. Or, c’est celle-là qui est en train de gagner.

Sylvain Salskouski  : Ne manque-t-il pas une Europe sociale, finalement ?

Roland Ries : Il manque une Europe sociale, et il manque une Europe politique, d’ailleurs les deux sont liées.

Sylvain Salskouski : Est-ce que c’est ce que propose Martin Schulz ? Incarner ces valeurs d’une Europe sociale plus anti-austérité -qui est aussi ce qui porte le gouvernement français ; une politique qui est appliquée en France ? Est-ce que ça n’a pas été contre-productif au vote pour le parti socialiste ?

Roland Ries : Je pense qu’il y a deux voies qui sont ouvertes : d’ailleurs au niveau national, comme à l’Union européenne. Il y a la voie du libre-échange, tout se résume par les lois du marché, « laissez-faire, le meilleur va gagner, le plus mauvais va être mis de côté ! » Ce n’est pas ma conception, c’est la conception libérale et ultra libérale de l’Europe. Et puis ensuite, il y a la conception que je qualifie de « sociale-démocrate », où on accepte le marché, parce que les économies administrées, ça n’a jamais marché, ça n’a jamais fonctionné ! Il y a le marché qui est le moteur de l’économie, et puis il y a la loi, les règlements, les directives européennes ou nationales qui régulent le marché. Ce marché, il est aveugle, et donc c’est cette voie là que moi je privilégie, et Martin Schulz incarne parfaitement cette voie sociale-démocrate.

Estelle Delaine : Quelle leçon le Parti socialiste va tirer de ces résultats ? Et vous, plus personnellement ?

Roland Ries : Je pense qu’au niveau national, il est clair qu’il y a un désenchantement, une méfiance, une perte de confiance à l’égard des responsables politiques en général, et donc une protestation. En tout cas, de mon point de vue, le vote Front national est partiellement identitaire, sur un fond de valeurs qui sont celles du Front national -que je ne partage évidemment pas-  une autre partie étant protestataire. On proteste contre le système qui nous écrase, qui ne produit pas les résultats qu’on espère. Donc c’est cette partie-là de l’électorat protestataire -qui avant pouvait voter communiste, qui vote éventuellement Front national ; qui vote aux extrêmes, qui est désespérée-  c’est là qu’il faut faire le travail. Ce n’est pas du côté de ceux qui sont intimement convaincus que l’étranger est dangereux, que le Juif est mauvais, et caetera, et caetera ! De ce côté-là, de mon point de vue, il n’y a pas grand-chose à faire, mais c’est très minoritaire. L’électeur-protestataire, celui qui en a marre, qui dit « ça suffit, mes fins de mois sont difficiles » « je suis au chômage », « je n’ai pas un logement décent », et caetara ; c’est là qu’il y a un vrai travail à faire.

Sylvain Salskouski : cet électorat protestataire, n’est-il pas un électorat qui en a marre de la politique gouvernementale qu’ordonne François Hollande ? N’est-ce pas un vote nationaliste, dans le sens où c’est un vote franco-français avant d’être un vote européen ?

Roland Ries : Oui, je pense que c’est un vote franco-français- enfin, une partie, en tout cas, de ce vote, comme le vote des municipales, qui était contestataire, qui a envoyé des messages au gouvernement et à François Hollande. On va dire, pour dire : « cette voie-là n’est pas la bonne, elle nous fait souffrir sans perspective ». « Nous n’avons pas de perspective, donc proposez-nous une autre politique ! » C’est vrai que c’est le message qui est envoyé ! Il faut aussi se rendre compte que la France est aussi dans une situation très très difficile ! On ne me fera pas croire que c’est uniquement les deux années, même si on peut critiquer les politiques qui ont été menées, ce ne sont pas les deux dernières années qui sont à l’origine de tout ça, ça va bien au-delà, voilà.

Estelle Delaine/ Sylvain Salskouski : Merci beaucoup.

Estelle Delaine

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