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« L’Europe dicte-t-elle la politique économique de la France ? »

« L’Europe dicte-t-elle la politique économique de la France ? ». C’est à cette question épineuse que les participants ont tenté de répondre lors d’une conférence-débat qui s’est tenue ce mardi 24 septembre dans les locaux de L’Express en partenariat avec la chaîne franco-allemande Arte et la représentation de la Commission européenne en France.

© European Union 2013 - European Parliament

© European Union 2013 – European Parliament

Durant près de deux heures, Anne Houtman (chef de la représentation permanente de la Commission européenne), Jean Quatremer (journaliste et correspondant de quotidien Libération à Bruxelles), Philippe Martin (président du Conseil d’analyse économique), Christophe Caresche (député PS de Paris et membre de la Commission des affaires européennes) et Laurent Allias (chef d’entreprise) ont confronté leurs points de vue, leurs convergences et leurs divergences par rapport à une question quelque peu épineuse.

 En effet, dans un contexte marqué par une défiance de plus en plus forte de nos concitoyens vis-à-vis de la construction européenne, le rôle et le poids de l’Union européenne dans les politiques et les stratégies menées par le gouvernement français semble remis en question. Un sentiment qu’il convient cependant de nuancer comme le souligne Gwenaelle Huet de l’Institut TNS-Sofres dans la mesure où les Français ont en réalité un sentiment ambivalent, pour ne pas dire ambigu vis-à-vis de la construction européenne dont ils se demandent si l’UE prend véritablement en compte les enjeux et intérêts nationaux tout en considérant que la France ne ferait pas mieux sans elle.

 Une opinion reprise et développée par Jean Quatremer qui met en avant son idée de « République européenne », espace dans lequel les institutions (Conseil européen et Commission en tête) devraient rendre des comptes, surtout depuis que le Traité de Lisbonne a renforcé les pouvoirs de l’Union européenne, afin de répondre à la crise. A ce titre, une telle « République » permettrait de répondre au sentiment de déficit démocratique ressenti par les Français et au sentiment persistant et souvent entretenu par les responsables politiques français qui veut que l’UE soit vue comme un corps, une puissance étrangère alors que la France joue un rôle prépondérant dans le processus décisionnel. Un point de vue prolongé par Laurent Allais qui insiste sur le fait que l’on parle davantage des institutions que des Français.

 Car c’est en réalité le cœur du problème, d’autant plus qu’il est récurrent depuis des années et qu’il se renforce avec la crise : l’Europe ne peut se faire sans les citoyens et ne doit se faire contre eux, ce qui suppose que ces derniers se sentent complètement intégrés et surtout entendus dans le processus décisionnel. Or, le manque de communication et de pédagogie, l’ambivalence des partis politiques nationaux et leur absence de rigueur (en particulier en France) et le manque de relais contribuent en grande partie à cette méconnaissance puis défiance des citoyens vis-à-vis de la construction européenne dont ils n’arrivent pas à en déceler les avantages, en particulier pour la France. Pire, la crise et ses conséquences économiques comme sociales renforce l’idée que l’Union européenne semble un ensemble désincarné, technocratique, qui progressivement confisque la démocratie, du moins empêche tout processus et contrôle démocratiques, comme l’a souligné Jean Quatremer.

 Ce qui explique ce sentiment de défiance et l’établissement de certains amalgames en particulier sur la question budgétaire ou celle des réformes. A ce titre, Christophe Caresche a rappelé que la France restait souveraine en la matière tandis qu’Anne Houtman a indiqué que l’Hexagone devait mener ses politiques pour elle-même, une manière assez subtile pour dire que le gouvernement français n’agit pas sous les ordres de Bruxelles, même si Philippe Martin a estimé qu’une contrainte budgétaire existe, la Commission n’étant là que pour rappeler les engagements des Etats-membres en matière de respect des traités.

 A l’heure où les Français s’interrogent sur les bienfaits de l’UE et qu’ils s’apprêtent – selon un récent sondage – à placer le Front national en tête lors des prochaines élections européennes, il parait plus que nécessaire de s’interroger à nouveau sur le poids et surtout la finalité de l’UE. A ce titre, le prochain renouvellement du Parlement européen doit permettre une réflexion profonde et poussée au sein de la population, à la condition que les partis nationaux et européens prennent entièrement leurs responsabilités, ce qui est un enjeu majeur surtout en France à quelques mois seulement d’une élection majeure.

 Gilles Johnson

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